
rappeur-acteur prépare un documentaire sur un groupe punk noir méconnu des années 70
En 1971, trois frères afro-américains de Detroit forment un groupe et se donnent un nom provocateur qu'ils défendront chèrement: Death.
Bobby, David et Dannis Hackney, inspirés par le son de leur ville, celui des Stooges et du MC5, jouent dur et fort, un rock hargneux pré-punk. 30 ans plus tard, Mos Def veut les tirer des oubliettes de l'histoire.
"Ca va être super", s'enthousiasme Mos Def dans le magazine Filter au sujet du documentaire. "Ces gars étaient pré-Sex Pistols, pré-Bad Brains, pré-tout ce truc, et personne ne les connaît. Je ne comprends pas comment le monde entier a pu les oublier".
Un parcours qui vaut le détour
De fait, l'histoire de Death est de celles dont on tricote l'étoffe des groupes cultes. Les trois frères Hackney découvrent en 1964 les Beatles à la télévision lors du fameux Ed Sullivan Show: les gamins, alors âgés de 8, 10 et 12 ans, sont médusés.
Peu après, David trouve une guitare dans la rue, la ramène à la maison et apprend de lui-même à en jouer. Au début des années 70, le trio a monté un groupe, influencé par le son de Motown, le fameux label de R&B qui a offert ses lettres de noblesse à leur ville natale de Detroit au moins autant que les usines de General Motors, et donne ses premiers concerts.

Trois ans plus tard, Bobby, Dannis et David assistent à un concert des Stooges d'Iggy Pop et virent de bord musicalement, vers un rock abrasif dont l'énergie colle davantage aux textes engagés de Bobby.
Un geste d'intransigeance punk qui leur coûtera cher
Ils se baptisent Death à ce moment-là et enregistrent une démo qui atterrit dans le bureau de Clive Davis de Columbia. Conquis, il offre une avance au groupe pour enregistrer un album, mais insiste à mi-parcours pour les voir changer de nom. Ils refusent. Ce refus de transiger, très punk avant l'heure, mène rapidement à la rupture avec la maison de disques.
Avec le peu de dollars qui leur reste en poche, Death édite en 1976 un 45 tours à 500 copies sur son propre label Tryangle ("Politicians in my eyes/Keep on knocking") et le distribue à ses concerts. L'histoire pourrait s'arrêter là puisque le groupe dont il ne subsiste que cette maigre trace tombe dans l'oubli, balayé par la vague disco.
Pour achever l'espoir, David meurt d'un cancer des poumons en 2000. Or, "de nous tous, il était le plus convaincu que nous faisions quelque chose de totalement révolutionnaire", a témoigné Bobby au New York Times en mars dernier.

La renaissance
Mais c'était sans compter avec la descendance des trois frangins. L'un des fils de Bobby entend par hasard en Californie la face B du 45 tours de Death, "Keep on Knocking", réédité à l'aube du XXIe siècle sur une compilation de groupes punks obscurs. Il reconnaît la voix de son père, qui ne lui avait jamais parlé de Death.
Bobby exhume alors du placard la fameuse démo vieille de plus de trente ans. Elle vient enfin de sortir au grand jour sous le titre "For the World to see" (PIAS). Soyons clairs, ce n'est pas l'album du siècle. Mais on a eu la chair de poule en écoutant "Keep on knocking" pour la première fois sur leur Myspace. Et pour qui aime le rock qui dépote, l'album tient la route et vaut l'écoute.
Surtout, l'histoire méritait d'être contée. Le tournage du documentaire co-produit par Mos Def et Damon Dash, fontateur du label Rock-A-Fella, a déjà commencé et est dirigé par Coodie et Chike, connus pour leur travail sur les clips vidéo de Kanye West ("Through the Wire") et Mos Def ("Ghetto Rock").
Quant au flambeau, il a été repris par les trois fils de Bobby qui ont monté Rough Francis, en hommage à Death. Depuis, le groupe d'origine est même remonté sur scène, sans David. Death ? Même pas mort.



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